homme-femme

Dans cet article, nous examinerons comment le Nouveau Testament présente la distinction homme-femme dans le cadre du mariage, ainsi que dans le cadre de l’Église. Pour ce faire, nous considérerons aussi les racines dans la Genèse de cette distinction.

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Note : cet article a d’abord été réalisé sous la forme d’un travail en M.Div. à l’hiver 2019, dans le cadre d’un cours de Théologie du Nouveau Testament, à la Faculté de Théologie Évangélique (à Montréal) affiliée à l’Université Acadia. Selon la formule habituelle, nous sommes évidemment responsables des erreurs ou omissions qui pourraient subsister dans ce texte.

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TABLE DES MATIÈRES

Introduction_ 1

Les racines vétérotestamentaires de la distinction homme-femme 1

Les textes clés dans le Nouveau Testament et leurs interprétations 7

Les grands enseignements du Nouveau Testament sur la distinction homme-femme 19

Conclusion_ 20

Bibliographie

iiNotes (références)

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Introduction

Dans cet article, nous examinerons comment le Nouveau Testament présente la distinction homme-femme dans le cadre du mariage, ainsi que dans le cadre de l’Église. Pour ce faire, nous considérerons aussi les racines dans l’Ancien Testament de cette distinction.

 

Les racines vétérotestamentaires de la distinction
homme-femme

Dès Genèse 1 et 2, est affirmé à la fois une même dignité et une même création en l’image de Dieu pour l’homme et la femme – tout comme ils « reçoivent ensemble la vocation de régner sur la terre et le règne animal »[1] –, en même temps qu’est aussi affirmé une altérité, une différenciation entre l’homme et la femme. Comme le note Claire Smith :

« En Genèse 1, le récit met en avant le fait que l’humanité ressemble à Dieu – elle est créée en son image et à sa ressemblance, pour régner. En Genèse 2, c’est la ressemblance de l’homme aux animaux qui ressort le plus : l’homme (l’humain mâle) est formé à partir de la poussière, comme les animaux (Gn 2.19 ; cf. Gn 3.19). Ce qui signifie que dans le chapitre 1, c’est Dieu qui est notre plus proche parent, alors qu’au chapitre 2, ce sont les animaux. Nous avons donc d’abord une vision exaltée de l’humanité, puis une vision humble. Nous sommes à la fois magnifiques et constitués de poussière. Nous sommes comme Dieu et en même temps l’une de ses créatures.

Il existe toutefois une différence encore plus évidente entre ces chapitres. C’est ce que Dieu enseigne au sujet de l’humanité. Au chapitre 1, il est bien dit que « l’homme » est créé « homme et femme » (Gn 1.27), mais les différences entre l’homme et la femme n’apparaissent pas. En Genèse 2, en revanche, elles sont frappantes. »[2]

Aussi, bien que dans ce travail nous nous attardons à la distinction homme-femme, il convient donc de garder à l’esprit que

« Les humains, sans exception, sont image de Dieu. Les hommes, les femmes, les enfants, les différentes ethnies, les différents stades du développement humain, les différentes capacités intellectuelles, les différentes aptitudes… toute la vie humaine est faite en image de Dieu, et personne ne porte l’image de Dieu plus qu’une autre. »[3].

Il est important de le garder à l’esprit, car c’est sur ce fond global que prend le relief des particularités, de la distinction, de ce qui distingue homme et femme – sans nier ni amoindrir cette image commune et égale. Déjà en Genèse 1.27, qui est le point culminant du récit de création où tout ce qui a été créé était « très bon » (Gn 1.31), est affirmé que « Dieu créa les humains à son image : il les créa à l’image de Dieu ; homme et femme il les créa. » (Gn 1.27, trad. Colombe) et on peut y noter trois choses : (1) c’est Dieu qui crée l’être humain, (2) l’être humain est image de Dieu, et (3) l’être humain se différencie en deux genres, homme et femme (alors que par contraste, l’Écriture ne semble pas estimer nécessaire que soit noté une telle distinction en genre en mentionnant la création des animaux ; mais pour les humains, ça semble important que ça soit mentionné pour bien saisir la condition humaine)[4].

            Ainsi,

« l’un des aspects de l’image de Dieu dans l’humanité se manifeste dans l’unité, la compatibilité et la complémentarité de ces deux êtres différents. Ils s’appellent tous les deux « hommes » à juste titre, mais ils sont soit masculin soit féminin. Ces deux moitiés de l’humanité, asymétriques, sont liés ensemble pour former un seul peuple, et cela fait partie de leur création en l’image de Dieu »[5]

Mais aussi, cela implique que « notre identité est inséparable de notre sexe »[6]. Et c’est dans cette mesure que nous sommes « créés pour des relations différentes suivant que nous les entretenons avec des personnes du même sexe que nous ou des personnes de l’autre sexe », et des relations différentes que nous entretenions ces relations dans le cadre du mariage ou à l’extérieur du mariage (amitié, soutien, etc.).

En Genèse 2, l’homme (mâle) apparait en premier et c’est à lui qu’est formellement énoncé l’alliance et l’interdit de se nourrir du fruit de l’arbre du bien et du mal (Gn 2.16-17), alors qu’il peut manger de tous les autres arbres – y compris de l’arbre de la vie (dont l’accès sera bloqué qu’après qu’il se soit détourné du commandement de Dieu). C’est important de noter ici que Ève n’est pas encore créée lorsqu’est formulé l’interdit, et qu’après la transgression, même si l’homme et la femme étaient liés par le même commandement, ultimement c’est sur Adam que reposera la faute d’avoir transgressé la Parole de Dieu (Gn 3.17) – comme c’est d’ailleurs réitéré, encore plus clairement, dans le Nouveau Testament lorsqu’il est dit que le péché et la mort sont entrés dans l’humanité par un seul homme (mâle), Adam (Romains 5.12, Romains 5.19, 1 Corinthiens 15.21)[7] et que la vie (re)viendra par un seul homme, « second Adam », Jésus.

La femme est créée par la suite, après que Dieu ait mentionné : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2.18). Comme le souligne Claire Smith, ce verdict de Dieu

« devrait nous heurter comme un camion lancé en pleine vitesse. Tout au long du texte, le verdict de Dieu a été « cela était bon », « cela était bon », « cela était bon » et « cela était très bon » (Gn 1.4, Gn 1.10, Gn 1.12, Gn 1.18, Gn 1.21, Gn 1.25, Gn.1.31 ; Gn 2.9-12). Jusque-là, le tableau était celui de l’ordre parfait et de la surabondance. »[8]

C’est dans ce contexte qu’est créée Ève dont Dieu fera pour Adam « une aide qui sera ton vis-à-vis » (Gn 2.18), mais aussi parce que sans ce vis-à-vis à la fois égal et différent, ça ne serait pas bon que l’homme soit dans sa « solitude »[9] (bien qu’il n’était pas « seul » au sens où il y avait au-dessus de lui sa relation avec Dieu, et en dessous de lui la relation avec les animaux qu’il « dominait », dépassait en en ayant notamment la
« responsabilité » comme celle de s’occuper du jardin).

            Ainsi,

« L’homme et la femme sont égaux mais ils ne sont pas identiques, ni par leur apparence (dont le texte ne parle pas) ni par leur rôle (qui est précisé). Lui porte une responsabilité de direction qu’elle n’a pas [et on peut ici penser en premier lieu à l’alliance avec la responsabilité face à l’interdit] ; elle porte une responsabilité qui n’est pas celle de l’homme : celle d’accepter sa direction, de cultiver et de garder le jardin avec lui. »[10]

Les responsabilités de direction s’éclairent dans le contexte, dans la mesure où c’est l’homme (avant la création de la femme) qui a reçu le commandement et la responsabilité qui l’accompagne, mais aussi si on considère que dans l’antiquité le statut de premier-né s’accompagnait des « responsabilités de direction et d’autorité »[11]. La notion « d’aide » attribuée au rôle de la femme mérite cependant d’être précisée : souvent dans l’Ancien Testament, le terme « d’aide » est utilisé pour parler de Dieu lui-même. Le terme n’y a donc pas une connotation péjorative ou dénigrante – la fonction d’aide est aussi une caractéristique de l’Éternel dans sa relation avec l’être humain. L’aide n’est donc pas à saisir en termes de dignité (ou de valeur de supériorité ou d’infériorité), mais en termes de type de relation, de rôle relationnel – et de responsabilités.

            Le récit de la chute en Genèse 3, lui, indique un renversement de la structure relationnelle établie par Dieu.

« Un être créé [le serpent] conduit la femme, la femme conduit l’homme, ensemble ils doutent
de la parole de Dieu et désobéissent. Ils essaient d’être comme lui, alors qu’ils le sont déjà ! Autrement dit : la femme écoute la créature, l’homme écoute la femme, aucun n’écoute Dieu. »
[12]

D’ailleurs, le verdict de Dieu sur Adam en Genèse 3.17 souligne que non seulement c’est ultimement lui qui est tenu responsable, mais aussi qu’il a commis deux fautes. C’est-à-dire d’avoir désobéi à l’interdit (de s’être détourné de la parole de Dieu) et de ne pas avoir assumé « la responsabilité que Dieu lui avait donné de conduire sa femme plutôt que de la suivre »[13]. C’est Adam qui sera en premier frappé du verdict de mort, du verdict de retourner à la poussière dont il est issu, et ce verdict sur ce premier-né entrainera l’humanité (puisqu’il avait alors, en quelque sorte, un rôle de chef de l’humanité).

La chute viendra aussi brouiller les relations initiales instaurées par Dieu. Notamment, lorsqu’est annoncé à la femme qu’une conséquence de cette détérioration sera que « Tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi » (Gn 2.16). Ici, l’exégèse des termes hébreux de « désirs » et de « domination » peut aider à saisir ce qui est alors exprimé :

« Le chapitre suivant de la Genèse fournit une clé pour comprendre ce propos énigmatique. Les mêmes mots hébreux sont employés au sujet du péché dont les désirs se portent vers Caïn et que celui-ci doit maîtriser : « […] le péché est tapi à ta porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui » (Gn 4.7). Le péché veut contrôler Caïn et le dominer, mais il doit le maîtriser ou lui résister.

De même, le propos de Genèse 3.16 signifie qu’Ève veut désormais dominer son mari, le manipuler et le contrôler ; qu’elle ne se soumettra plus à son autorité de plein gré, qu’elle voudra le régenter. Le rôle de chef qu’avait Adam ne résulte pas de la chute, mais sa façon d’exercer l’autorité en découle – ce sera une forme de domination.

            Chez la femme, l’unité, l’harmonie et l’esprit d’équipe préconisé en Genèse 2 sont
remplacés par son désir permanent de contrôler son mari ; et l’homme ne dirige plus selon l’amour : il domine ou abdique, ce qui est une forme passive de domination.

            Ce texte n’indique donc pas comment se sont instaurées l’autorité masculine et la soumission de la femme, mais annonce la distorsion de l’ordre voulu par Dieu à l’origine. »[14]

            En ce qui concerne les desseins de Dieu pour le mariage tel qu’ils apparaissent, avant la chute, en Genèse 1 à 3, on peut les synthétiser ainsi :

                        « – Le mariage unit un homme et une femme.

– Le mariage établit une nouvelle famille qui a préséance sur toute autre relation et engagements antérieurs.

– Le mariage constitue un tournant de la vie décisif à partir duquel les époux s’attachent l’un à l’autre, publiquement, par une alliance qui dure aussi longtemps que la vie. Ce n’est pas un arrangement provisoire permettant au couple de mener une vie commune pour voir si cela marchera.

                        – Le mariage instaure une union exclusive et profonde : les époux deviennent une seule chair.                  

– Le mariage est très bon. Ce n’est ni un esclavage ni un fardeau, mais un don de Dieu. »[15]

 

Les textes clés dans le Nouveau Testament et
leurs interprétations

A) La distinction homme-femme dans le cadre du
mariage

En Éphésiens 5.20-33, on peut lire un développement sur les rôles différenciés de l’homme et de la femme dans le cadre du mariage :

« (20) à tout moment et pour toute chose, vous remercierez Dieu le Père au nom de notre Seigneur Jésus-Christ,(21) et parce que vous avez la crainte de Christ, vous vous soumettrez les uns aux autres,(22) vous femmes, en particulier, chacune à son mari, et cela par égard pour le Seigneur.(23) Le mari, en effet, est le chef de sa femme comme Christ est la tête, le chef de l’Église qui est son corps et dont il est le Sauveur.(24) Mais comme l’Église se soumet à Christ, qu’ainsi aussi la femme se soumette en toute circonstance à son mari.

(25) Quant à vous, maris, que chacun de vous aime sa femme comme Christ a aimé l’Église : il a donné sa vie pour elle(26) afin de la rendre digne de se tenir devant Dieu après l’avoir purifiée par sa Parole, comme par le bain nuptial.(27) Il a ainsi voulu se présenter cette Église à lui-même, rayonnante de beauté, sans tache, ni ride, ni aucun défaut, mais digne de se tenir devant Dieu et irréprochable.

(28) Voilà comment chaque mari doit aimer sa femme comme si elle était son propre corps : ainsi celui qui aime sa femme s’aime lui-même.(29) Car personne n’a jamais haï sa propre chair ; au contraire, chacun la nourrit et l’entoure de soins, comme Christ le fait pour l’Église,(30) parce que nous sommes les membres de soncorps.

(31) C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront plus qu’un.

(32) Il y a là un grand mystère : je parle de ce que je viens de dire au sujet de Christ et de l’Église.(33) Quant à vous, que chaque mari aime sa femme comme lui-même, et que chaque femme témoigne un profond respect à son mari. »

            (Éphésiens 5.20-33 ; trad. Semeur)

 

            Dans ce passage, on peut d’abord remarquer que les indications sur le rôle de la femme sont plus brèves que les indications sur le rôle de l’homme. L’indication pour le rôle de la femme se limite à se soumettre à la direction de son mari, ce qui réfère aux rôles homme-femme que nous avons vus dans la Genèse. Les indications pour le mari sont cependant plus développées, et elles éclairent par ricochet la dynamique relationnelle. La femme doit se soumettre à l’homme, l’homme doit se soumettre à Dieu. Dans le terreau de cette directive, on peut ici déceler une différenciation qui émane de la Genèse, où c’est Adam qui a reçu en « premier-né » l’annonce formelle de l’alliance, mais surtout l’annonce du commandement (de l’interdit) quant à l’arbre du bien et du mal. Dans cette mesure, si en Éphésiens il est affirmé que la femme doit suivre la direction de son mari qui lui-même doit suivre la direction de Dieu, ce n’est pas parce que la femme aurait une valeur moindre – homme et femme sont égaux en valeur, égaux devant le salut et tout autant l’un que l’autre créé en l’image de Dieu. C’est plutôt que le rôle de l’homme s’accompagne d’une responsabilité et qu’on peut concevoir qu’ultimement c’est lui qui sera tenu responsable pour la direction que prendra son couple (et sa famille) – comme la faute dans le jardin d’Éden a reposé sur Adam seul, selon ce que nous avons noté dans la section précédente. En ce sens, le terme de « chef » ne renvoie pas à un titre de « prestige » comme peut parfois l’entendre notre culture, mais plutôt au rôle de celui qui devra répondre des actes du « corps » que forme le couple (et la famille).

Par ailleurs, ce rôle de « répondant » attribué à l’homme est accentué si on considère que le passage indique qu’il ne doit pas diriger pour lui-même ou pour ses intérêts ou désirs, mais qu’il doit orienter/diriger en visant le bien de sa propre femme comme sa propre chair (comme sa propre chair, d’autant que les deux forment une seule chair, mais que c’est l’homme qui sera imputable devant Dieu de la «chair» que forme le couple). Et à ce titre, l’exigence est élevée puisque l’autorité doit être la soumission à la Parole de Dieu et au Christ Jésus. D’ailleurs, le passage ne dit pas à l’homme de « dominer » sa femme, mais bien qu’il doit « l’aimer ». Ce commandement de l’aimer est même répété à trois reprises dans ce passage, et les répétitions dans la Bible sont des marqueurs d’importance. Qui plus est, il doit l’aimer « comme Christ a aimé l’Église : il a donné sa vie pour elle » ! (Ép 5.25) En étant prêt à sacrifier jusqu’à sa vie pour sa femme (afin notamment qu’elle persévère dans sa course), mais aussi sa volonté propre et ses propres ambitions et désirs ; ce n’est pas rien comme responsabilité ! – qui ne saurait être confondu avec un privilège. D’autant si on considère la manière dont est précisé la notion d’amour dans 1 Corinthiens 13.4-7 :

« (4) L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour. Il n’est pas envieux, il ne cherche pas à se faire valoir, il ne s’enfle pas d’orgueil.(5) Il ne fait rien d’inconvenant. Il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’aigrit pas contre les autres, il ne trame pas le mal. (6) L’injustice l’attriste, la vérité le réjouit.

(7) En toute occasion, il pardonne, il fait confiance, il espère, il persévère. »

            (1 Corinthiens 13.4-7)

Bien que l’image d’aimer sa femme comme Christ a aimé l’Église soit déjà forte, on peut aussi rappeler que Christ s’est abaissé à la Croix pour que nous soyons relevés, et donc le rôle de « chef » dans ce contexte implique d’être prêt à s’oublier soi-même[16] pour la femme – avec pour balise de suivre Jésus qui est Roi-serviteur, tout en sachant que l’homme ne peut être supérieur à son Maître, et que si le roi des rois a été serviteurs, il doit en être encore bien plus à nous qui sommes de simples hommes.

Enfin, on peut noter dans ce passage en Éphésiens qu’est citée (en Ép 5.31) la Genèse où il est dit que « l’homme laissera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront plus qu’un ». D’une certaine manière, on pourrait dire que c’est homme et femme qui quitteront leurs parents pour former un couple, mais Dieu a cru bon de le spécifier pour l’homme. En lien avec ce qui a été dit précédemment, on peut donc relever ici qu’il est cohérent que ce soit à l’homme que soit précisé de quitter ses anciennes appartenances pour assumer les responsabilités de la nouvelle chair qu’il formera avec sa femme – et que c’est à lui, dans son rôle de responsable, de d’abord « quitter » pour « rejoindre » sa femme. Cet élément semble d’autant plus signifiant que dans la culture de l’époque, la coutume était que la femme soit introduite à la famille de son mari. Mais là, le projet de Dieu est clair : ce n’est pas à la femme à se joindre aux appartenances familiales (ou de valeur ou de coutumes ou d’ambitions pouvant y être liées) de son mari ; c’est à l’homme de d’abord se délester de ses attaches pour assumer son rôle auprès de sa femme tout en assumant le rôle/responsabilité d’orienter/diriger vers Dieu et dans le respect de sa Parole – en s’attendant cependant à la collaboration de sa femme pour cela, dans son rôle.

 

En 1 Pierre 3.1-7 le rôle de la femme est précisé un peu plus. Ainsi, on peut y lire que :

« (1) Vous de même, femmes, soyez soumises chacune à son mari, pour que si certains d’entre eux ne croient pas à la Parole de Dieu, ils soient gagnés à la foi sans parole, par
votre conduite,
(2) en observant votre attitude respectueuse et pure.

(3) Que votre parure ne soit pas extérieure : cheveux habilement tressés, bijoux en or,
toilettes élégantes,
(4) mais la parure cachée de l’être intérieur : la beauté impérissable d’un esprit doux et paisible, à laquelle Dieu attache un grand prix.(5) Car c’est ainsi que se paraient autrefois les saintes femmes qui plaçaient leur espérance en Dieu, et elles
étaient soumises à leur mari.

(6) Tel était, par exemple, le cas de Sara : dans son obéissance à Abraham, elle l’appelait :mon seigneur. C’est d’elle que vous êtes les filles, si vous faites le bien sans vous laisser troubler par aucune crainte.

(7) Vous de même, maris, vivez chacun avec votre femme en faisant preuve de discernement, et en tenant compte de la nature plus délicate de la femme.

Traitez-les avec respect : elles doivent recevoir avec vous la vie que Dieu accorde dans sa
grâce. Agissez ainsi afin que rien ne vienne faire obstacle à vos prières.
 »

(1 Pierre 3.1-7)

L’idée d’être « soumise » dans ce passage doit s’entendre dans le même sens que ce qui a été dit pour le passage en Éphésiens – et avec le lien avec la Genèse. Cependant, sans guider elle-même, ressors de ce passage que la femme a un rôle qui est loin d’être négligeable ou secondaire dans le Projet de Dieu, afin de fortifier la foi de son mari – un rôle qui n’est pas de légère importance, puisqu’il peut même jouer pour un homme pouvant ne même pas croire au départ en la Parole de Dieu et être gagné par la foi. Ainsi, si les rôles ne sont pas les mêmes pour l’homme et la femme (et que dans ces rôles, c’est l’homme qui sera jugé responsable des fautes pour les mauvaises directions prises par la « chair » commune du couple face à Dieu), il y a une certaine complémentarité dans leur union pour marcher dans les pas du Seigneur Jésus. D’une certaine manière homme et femme ont une responsabilité l’un envers l’autre face à Dieu : l’homme en devant assumer la responsabilité pour les fautes de mauvaises orientations du couple par rapport à la Parole de Dieu, et donc en devant bien diriger/orienter, et la femme en collaborant (ou selon les mots des versets, en « se soumettant ») pour que l’orientation/direction que son mari a à assumer en se soumettant à Dieu – et dont il aura personnellement à répondre devant Dieu (comme en Genèse) – ne soit pas inutilement entravée ou alourdie.

            En ce qui concerne le passage au verset 7 (propice comme on peut l’imaginer à soulever des polémiques) où est affirmé de tenir compte « de la nature plus délicate de la femme », cette nature plus délicate ne semble pas renvoyer à une infériorité morale, ni intellectuelle ni physique. De ce que nous avons lu du moins, l’interprétation la plus plausible semble être que :

« Pierre reconnaît ici que, dans toute relation structurée en termes d’autorité et de soumission, la personne qui se soumet dispose d’une autorité plus faible, ou moindre. La soumission la laisse vulnérable devant le genre de direction que l’autre exerce. »[17]

 

B) La
distinction homme-femme dans le cadre de l’Église

Les données de la distinction homme-femme de la Genèse se reflètent aussi dans les rôles au sein de l’Église, de manière analogue. En 1 Timothée 2.8-15, est affirmé que :

« (8) C’est pourquoi je veux qu’en tout lieu les hommes prient en élevant vers le ciel des mains pures, sans colère ni esprit de dispute.

(9) Je veux que les femmes agissent de même, en s’habillant décemment, avec discrétion et simplicité. Qu’elles ne se parent pas d’une coiffure recherchée, d’or, de perles ou de toilettes somptueuses,(10) mais plutôt d’œuvres bonnes, comme il convient à des femmes qui déclarent vivre pour Dieu.

(11) Que la femme reçoive l’instruction dans un esprit de paix et de parfaite soumission.(12) Je ne permets pas à une femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme. Qu’elle garde plutôt une attitude paisible.(13) En effet, Adam fut créé le premier, Ève ensuite.(14) Ce n’est pas Adam qui a été détourné de la vérité, c’est la femme, et elle a désobéi au commandement de Dieu,(15) mais elle sera sauvée grâce à sa descendance. Quant aux femmes, elles seront sauvées si elles persévèrent dans la foi, dans l’amour, et dans une vie sainte en gardant en tout le sens de la mesure. »

(1 Thimothée 2.8-15)

 

Les versets 8 à 10 vont dans le même sens que ce qui a été dit pour les rôles au sein du mariage, mais cette fois-ci au sein de l’Église – de même qu’il y a un rappel de l’humilité à avoir. Le verset 12 peut davantage surprendre dans la culture contemporaine où une égalité des fonctions est valorisée. Cependant, l’affirmation qu’il n’est pas permis aux femmes d’enseigner à des hommes la Parole de Dieu (puisque dans le contexte, c’est de la Parole de Dieu dont il est question, et non pas de l’enseignement d’une quelconque matière dans un système scolaire) ou d’avoir autorité sur des hommes dans le cadre de l’Église, est cohérent avec ce qui a déjà été dit sur le fait que c’est l’homme qui aura à répondre devant Dieu des directions prises pour guider vers Dieu ou y manquant. On pourrait ici se demander si ce qui a déjà été dit de la responsabilité/imputabilité qui vient des différenciations dans la Genèse vaut seulement pour le mari envers sa femme, c’est-à-dire pour le couple. Cependant, on doit relever que les pasteurs/anciens ont une responsabilité/imputabilité similaire envers leur assemblée – tout comme les maris ont une responsabilité particulière envers le corps qu’ils forment avec leur femme, les pasteurs/anciens ont une responsabilité particulière envers le corps du Christ que forme l’Église (future épouse du Christ). Ainsi, est affirmé – sans ambages – en Jacques 3.1 :

« (1) Mes amis, ne soyez pas nombreux à enseigner ; vous le savez : nous qui enseignons [la Parole de Dieu], nous serons jugés plus sévèrement. »

(Jacques 3.1)

Il y aura jugement de Dieu pour les « hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux » (Actes 20.30). D’ailleurs, avant le passage cité en 1 Timothée 2.8-15, Paul avait « confié à Timothy la responsabilité de s’opposer aux faux docteurs (1 Tm 1.3-7, 1 Tm 1.18-20) »[18]. Si on met cela en parallèle avec ce qui a été dit des différenciations homme-femme dans la Genèse et des rôles au sein du couple, l’interdit d’enseignement à des hommes pour les femmes semble donc lié au fait que dans le Projet de Dieu, ce n’est pas dans l’ordre de sa création que la femme ait le rôle d’imputabilité pour une transmission fidèle des commandements de Dieu. Ce à quoi fait référence Paul au verset 13, renvoyant à la condition de « premier-né » d’Adam qui a formellement reçu l’alliance et à qui a été donné les directives de Dieu avec l’interdit (alors que la femme n’était pas encore là pour l’entendre). Le verset 14 peut aussi surprendre, puisque nous avons souligné que c’est à l’homme qu’a été attribuée la faute au jardin d’Éden, alors que dans le verset 14 Paul dit que ce n’est pas Adam qui a été détourné de la vérité. Mais cela n’est pas contradictoire. Comme le relève Claire Smith :

« même si cela nous a d’abord échappé, le texte de Genèse 3 dit bien que la femme a été détournée de la vérité. Lorsque le Seigneur lui demande : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Ève répond : « Le serpent m’a induite en erreur, et j’en ai mangé. » Fait intéressant, la Genèse ne dit pas qu’Adam a été induit en erreur. Il a péché – certainement –, mais le texte ne dit pas qu’il a été induit en erreur. »[19]

Ainsi,

« ils [l’homme et la femme] ont tous deux péchés. Mais, selon Genèse 3, il est clair qu’ils ont péché de manière différente. Au lieu de faire confiance à la parole de Dieu, bonne et véridique, Ève a été amenée à pécher parce que le serpent l’a trompée. Après avoir mangé, elle a entraîné son mari à pécher aussi. Adam, en revanche, avait la responsabilité de conduire sa femme – et pas de l’écouter ni de la suivre dans le péché. Il a désobéi à Dieu en mangeant le fruit que Dieu avait interdit (Gn 2.7) et en abdiquant sa responsabilité de chef vis-à-vis de son épouse (Gn 3.17). […] Et la rupture d’avec ce modèle [de l’origine] lors de la chute ne doit pas se répéter. »[20]

 

Cet interdit touche cependant que l’enseignement de la Parole à des hommes – donc, en termes de rôles dans l’Église, à ceux de pasteurs/anciens –, mais cela n’implique pas que la femme ne puisse pas être appelée à d’autres rôles au sein de l’Église, y compris à la charge de ministères, puisqu’elle reçoit les dons de l’Esprit-Saint tout autant que l’homme. Ce cadre des rôles/imputabilités est important à noter pour la compréhension, puisqu’il

« est significatif que Paul n’affirme pas que les femmes ne sont pas compétentes pour enseigner, ou qu’elles ne doivent jamais enseigner. Dans d’autres passages, il encourage les femmes à enseigner d’autres femmes et les enfants (Tt 2.3-5 ; Ép 6.1 ; cf. 1 Tm 5.9-10). Il approuve l’enseignement qu’un responsable d’Église a reçu de la part de sa mère et de sa grand-mère (2 Tm 1.5 ; 2 Tm 3.14-15). […] Les femmes prennent également une part active dans l’assemblée chrétienne, par exemple en priant et en prophétisant, c’est à-dire en exerçant des activités ayant un potentiel d’enseignement (1 Co 11.4-5 ; 1 Co 14.3-5, 1 Co 14.12-19, 1 Co 14.24-26, 1 Co 31). »[21]

C’est donc dans le cadre de l’assemblée chrétienne publique qu’il y a cet interdit pour la femme de l’enseignement doctrinal de la Parole de Dieu – ce qui ne touche cependant pas les autres rôles qu’elle peut être appelée à jouer dans l’Église.

Un autre passage peut cependant davantage surprendre, en 1 Corinthiens 11.3-16 :

« (3) Je voudrais cependant attirer votre attention sur un point : Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, le chef de Christ, c’est Dieu.(4) Si donc un homme prie ou prophétise la tête couverte, il outrage son chef.(5) Mais si une femme prie ou prophétise la tête non couverte, elle outrage son chef à elle : c’est comme si elle était rasée.(6) Si donc une femme ne se couvre pas la tête, pourquoi, alors, ne se fait-elle pas aussi tondre les cheveux ? Mais s’il est honteux pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle se couvre donc la tête.

(7) L’homme ne doit pas avoir la tête couverte, puisqu’il est l’image de Dieu et reflète sa gloire. La femme, elle, est la gloire de l’homme.(8) En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme,(9) et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme.(10) Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête un signe d’autorité, à cause des anges.(11) Toutefois, dans l’ordre établi par le Seigneur, la femme n’existe pas sans l’homme, et l’homme n’existe pas sans la femme,(12) car si la femme a été tirée de l’homme, celui-ci, à son tour, naît de la femme et, finalement, tous deux doivent leur vie à Dieu.

(13) Jugez vous-mêmes de cela : est-il convenable pour une femme de prier Dieu la tête découverte ?(14) Ne paraît-il pas naturel à tout le monde que c’est une indignité pour un homme de porter des cheveux longs(15)mais qu’une longue chevelure fait honneur à la femme ? Car la chevelure lui a été donnée pour lui servir de voile.

(16) Si quelqu’un s’obstine à contester, nous lui répondons que ce qu’il propose n’est ni notre pratique ni celle des Églises de Dieu. »

(1 Corinthiens 11.3-16)

 

Ici, il importe de saisir les facteurs culturels de l’époque à Corinthe, qui ne sont pas des prescriptions universelles. Dans le contexte, la tête couverte des femmes fait référence au voile que les femmes mariées portaient à l’époque[22] (et pour lequel il n’y a plus d’équivalent culturel au « voile gréco-romain du 1er siècle »[23], avec la symbolique particulière qu’il avait culturellement, quoique l’anneau d’alliance de mariage porte une partie de cette symbolique, sans cependant nécessairement impliquer une reconnaissance de l’autorité de Dieu). « En revanche, on rasait la tête des femmes reconnues coupables d’adultère »[24], de même que la longueur des cheveux des hommes fait référence à une norme de l’époque à Corinthe. En tenant compte de ces facteurs contextuels, il n’y a donc pas là une prescription pour les femmes de se couvrir la tête, mais plutôt le soulignement qu’il serait inconvenant pour la femme mariée de se présenter comme si elle n’était pas engagée, pas mariée. La tenue conforme aux facteurs de l’époque, pour l’homme et la femme, ont dans ce contexte le sens général d’un appel à la modestie (ne pas attirer l’attention sur soi), ainsi qu’au respect des engagements et à la conformité aux rôles. En revanche, on peut relever aux versets 4 et 5 dans ce passage de 1 Corinthiens 11, qu’il peut revenir autant aux femmes qu’aux hommes de prophétiser.

Un autre passage pouvant être mal interprété s’il est pris hors de son contexte (littéraire, cette fois) se trouve en 1 Corinthiens 14.33-40 :

« (33) Dieu, en effet, n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix.

Comme dans toutes les Églises des membres du peuple saint,(34) que les femmes gardent le silence dans les assemblées ; car il ne leur est pas permis de parler.Qu’elles sachent se tenir dans la soumission comme le recommande aussi la Loi.(35) Si elles veulent s’instruire sur quelque point, qu’elles interrogent leur mari à la maison. En effet, il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée.(36) Car enfin, est-ce de chez vous que la Parole de Dieu est sortie ? Est-ce chez vous seulement qu’elle est parvenue ?(37) Si quelqu’un estime être un prophète ou pense bénéficier d’une manifestation spirituelle, il doit reconnaître, dans ce que je vous écris, un commandement du Seigneur.(38) Et si quelqu’un refuse de reconnaître cela, c’est la preuve qu’il n’a pas été lui-même reconnu par Dieu.

(39) En résumé, mes frères et sœurs, recherchez ardemment à prophétiser et ne vous opposez pas à ce qu’on parle en des langues inconnues.(40) Mais veillez à ce que tout se passe convenablement et non dans le désordre. »

(1 Corinthiens 14.33-40)

Au versets 34 et 35 est dit que les femmes doivent garder le silence lors des assemblées. Or, pour bien comprendre cette directive (qui est en fait liée à un moment de circonstance), il faut tenir compte du contexte littéraire dans lequel c’est dit. L’ensemble du passage en 1 Corinthiens 14.33-40 s’insère dans un chapitre qui traite de l’ordre dans le culte, et dont le passage sur l’ordre de parole débute avec le verset 26 – qui lui-même s’insère dans le contexte où est discuté, dès le 1er verset du chapitre, la place que doit occuper la prophétie et le parlé en langue lors des assemblées. Ainsi, aux versets 26 à 33 est d’abord indiqué :

« (26) Comment donc agir, frères et sœurs ? Lorsque vous vous réunissez, l’un chantera un cantique, l’autre aura une parole d’enseignement, un autre une révélation ; celui-ci s’exprimera dans une langue inconnue, celui-là en donnera l’interprétation ; que tout cela serve à faire grandir l’Église dans la foi.(27) Si l’on parle dans des langues inconnues, que deux le fassent, ou tout au plus trois, et l’un après l’autre ; et qu’il y ait quelqu’un pour traduire.(28) S’il n’y a pas d’interprète, qu’on se taise plutôt que de parler dans une langue inconnue dans l’assemblée, et qu’on se contente de parler à soi-même et à Dieu.(29) Quant à ceux qui prophétisent, que deux ou trois prennent la parole et que les autres jugent ce qu’ils disent :(30) si l’un des assistants reçoit une révélation pendant qu’un autre parle, celui qui a la parole doit se taire.(31) Ainsi vous pouvez tous prophétiser à tour de rôle afin que tous soient instruits et stimulés dans leur foi.(32) Car les prophètes restent maîtres d’eux-mêmes.(33) Dieu, en effet, n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. »

(1 Corinthiens 14.33-40)

C’est immédiatement après ce passage qu’apparaissent les versets 34 et 35 où il est dit que les femmes doivent se taire en assemblée. Mais celui-ci suit la même recherche d’ordre dans la prise de parole que pour ce qui est indiqué avant. Si au verset 34 et 35 il est dit que les femmes doivent se taire, c’est pendant que les membres réunis évaluent les prophéties (selon l’ordre des versets 29 à 32)[25], tout en considérant que la femme ne doit pas prendre l’autorité sur l’homme dans ce cadre, tout comme lorsque vient le temps d’une parole d’enseignement en assemblée[26]. À cet effet, il n’est pas du rôle de la femme de prodiguer l’enseignement doctrinal dans le cadre de l’assemblée chrétienne publique, mais elle doit (comme tous) s’instruire de la Parole de Dieu, il est donc dans l’ordre de l’assemblée que ce ne soit pas la femme qui tienne ce rôle d’évaluation publique en assemblée des prophéties et qu’elle ne soit pas non plus en train de parler pendant une parole d’enseignement en assemblée publique. Ce serait cependant prendre les versets 34 et 35 hors contexte de leur faire dire que la femme ne doit pas du tout parler au cours d’une assemblée – et ce serait même un contresens, puisque Paul affirme aussi plus tôt dans cette même lettre qu’il revient à la femme autant qu’à l’homme de prier et de prophétiser lors des assemblées (1 Corinthiens 11.5), entre autres choses. Par ailleurs, pour ce qui est du cas plus spécifique concernant le moment où se déroule l’évaluation en assemblée d’une prophétie, Claire Smith relève que :

« Évaluer les prophéties [en assemblée] était une activité impliquant un exercice d’autorité pour déterminer ce que l’assemblée allait apprendre par les prophéties apportées par les uns et les autres. Si les femmes avaient le droit de prophétiser, elles ne devaient pas participer à cet exercice de l’autorité mais elles devaient être soumises, en s’abstenant de poser des questions et en se taisant pendant le processus. »[27]

À cet égard, c’est donc le rapport d’autorité sur des hommes en assemblée qui semble jouer à ce moment particulier. Aussi, selon Claire Smith,

« Même si le texte de 1 Corinthiens 14.33b-35 nous met mal à l’aise, nous ne pouvons pas le balayer comme si c’était une bizarrerie culturelle. Les raisons avancées par Paul ne sont pas des raisons culturelles. »[28]

 

Cela dit, relève-t-elle aussi :

« Quelles sont les implications de ce texte pour nous ? Mon intuition, c’est qu’il ne s’applique pas à beaucoup d’entre nous. Malheureusement, à mon avis, peu d’Églises évangéliques pratiquent une forme quelconque de prophétie communautaire. »[29]

 

Les grands enseignements du Nouveau Testament
sur la distinction homme-femme

A) La distinction homme-femme dans le cadre du mariage

Dieu est un Dieu d’ordre. Il a voulu – et conçu – des rôles et responsabilités différentes pour l’homme et la femme. Dans le cadre du mariage, c’est l’homme qui a le rôle-responsabilité de « chef », c’est-à-dire le rôle de coordonner la nouvelle chair que forme le couple pour l’orienter vers Christ, vers la Parole de Dieu et ses commandements. La femme a quant à elle le rôle-responsabilité d’être une aide pour l’homme, pour qui « il n’est pas bon » qu’il demeure dans la solitude, et une aide au sein du couple en se soumettant à l’orientation/direction de la nouvelle chair que forme le couple et que l’homme doit orienter en étant soumis à Dieu. Ces rôles distincts pour l’homme et la femme n’enlèvent cependant en rien qu’ils sont tout autant image de Dieu et égaux pour le salut et la réception de dons du Saint-Esprit. À cet égard, ce qui distingue homme et femme, ce n’est pas leur capacité à recevoir des dons ou ceux qu’ils peuvent recevoir, mais le rôle que chacun doit tenir avec ce dont Dieu les a pourvus.

 

B) La distinction homme-femme dans le cadre de l’Église

De même les rôles ont été voulus (par Dieu) différenciés entre l’homme et la femme dans le cadre de l’Église. Cette différenciation touche principalement l’enseignement de la Parole de Dieu en assemblée et l’évaluation publique des prophéties en assemblée, où cela relève du rôle-responsabilité de l’homme, la femme ne devant alors pas exercer d’autorité sur l’homme dans ces fonctions particulières – touchant à ces formes de transmission de la Parole de Dieu, n’excluant cependant pas d’autres formes de transmission et d’influence.

 

Conclusion

Comme nous l’avons vu, la distinction homme-femme provient du projet initial de Dieu dès la création en Genèse 1 à 3, et il s’agit d’aspect que la venue de Christ n’abolit pas, mais au contraire se trouvent réaffirmés et précisés dans le Nouveau Testament. Ces distinctions sont importantes, puisqu’elles viennent du projet de Dieu pour sa création et de sa Parole. Cependant, l’accent mis sur ces distinctions ne doivent pas non plus faire perdre de vue que pour une multitude d’autres aspects il n’y a pas homme et femme, mais être humains en l’image de Dieu, égaux face au Salut et tout autant aimés par Christ de toute éternité.

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Bibliographie

*Bible d’étude, version Semeur 2015Charols, Éditions Excelsis (Biblica Inc.), 2018, 2300 pages.

CARSON, D.A., Showing the spirit. A Theological Exposition of 1 Corinthiens 12-14, Ada (Michigan), Baker Academic, 2009, 230 pages.

KELLER, Timothy et Kathy, Le mariage. Un engagement complexe à vivre avec la sagesse de Dieu, Lyon, Éditions Clé, 2014, 293 pages.

ROMEROWSKI, Sylvain, « Homme et femme », dans le Dictionnaire de Théologie biblique, Charols,
Éditions Excelsis, 2012 (2006), pages 630 à 645.

SMITH, Claire, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2014, 245 pages.

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NOTES

[1] Sylvain Romerowski, « Homme et femme », dans le Dictionnaire de Théologie biblique, Charols, Éditions Excelsis, 2012 (2006), page 630.

[2] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 165.

[3] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 167.

[4] Cf. Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, pages 166 et 167.

[5] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 168.

[6] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 169.

[7]En Romains 5.12 : « C’est pourquoi, de même que par un seul homme, le péché est entré dans le monde et par le péché, la mort, et ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché… ». En Romains 5.19 : « Comme, par la désobéissance d’un seul, beaucoup d’hommes ont été déclarés pécheurs devant Dieu, de même, par l’obéissance d’un seul, beaucoup seront déclarés justes devant Dieu. ». Et en 1 Corinthiens 15.21 : « Car, tout comme la mort a fait son entrée dans ce monde par un homme, la résurrection vient aussi par un homme. » (traduction du Semeur).

[8] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 171.

[9] À propos de l’affirmation qu’il n’était pas bon que l’homme soit seul, Timothy Keller avance un élément de compréhension en soulignant que : « La réponse se trouve peut-être dans la déclaration de Dieu, en Genèse 1.26 : Faisons l’homme à notre image » (Colombe) […] Le Dieu unique existe de toute éternité en trois personnes : Père, Fils et Esprit. Ces trois personnes se connaissent et s’aiment. Être créé à l’image de Dieu signifie donc, entre autres, que nous sommes conçus pour avoir des relations. Voici donc Adam, créé par Dieu et placé dans le jardin du paradis et pourtant, sa solitude « n’est pas bonne ». Le récit de la Genèse sous-entend que cette capacité relationnelle forte, que Dieu a créé et placée en nous, n’est pas pleinement satisfaite par notre relation « verticale » avec lui. Il nous a conçus pour que nous ayons besoin de relations « horizontales » avec d’autres êtres humains. » Cf. Timothy Keller et Kathy Keller, Le mariage. Un engagement complexe à vivre avec la sagesse de Dieu, Lyon, Éditions Clé, 2014, page 110.

[10] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 173.

[11] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 173.

[12] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 177.

[13] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 177.

[14] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, pages 179 et 180.

[15] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, pages 180 et 181.

[16] L’homme doit chercher à mourir à soi-même, mourir à sa volonté propre, mourir à ses désirs personnels, mourir à ses intérêts individuels.

[17] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 150.

[18] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 30.

[19] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, pages 34 et 35.

[20] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 40.

[21] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 33.

[22] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 73.

[23] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 80.

[24] Note de bas de page à 1 Corinthiens 11.15, dans la Bible d’étude, version Semeur 2015, Charols, Éditions Excelsis (Biblica Inc.), 2018, page 1894.

[25] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 99.

[26] C’est également la position de D.A. Carson, sur 1 Corinthiens 12 à 14, dans son livre Showing the spirit. A Theological Exposition of 1 Corinthiens 12-14, Ada (Michigan), Baker Academic, 2009, 230 pages.

[27] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, pages 101 et 102.

[28] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 103.

[29] Claire Smith, Le projet bienveillant de Dieu pour elle et lui, Lyon, Éditions Clé, 2012, page 103.